
Il est fort possible que l’historien du futur considérera ce début du vingt-et-unième siècle comme l’époque au cours de laquelle la photographie aura radicalement changé de statut - quittant celui d’outil permettant de représenter la réalité, pour adopter celui d’un élément constitutif de la réalité elle-même, ni plus ni moins consubstantiel à nos vies quotidiennes que l’eau du robinet ou l’asphalte des trottoirs. Nous considérons de moins en moins une photo en tant que trace ou que support de souvenir, ni même comme l’enregistrement d’un moment : ce sont les moments vécus eux-mêmes, lourds d’une pluie d’images immobiles, qui appellent le cadrage et les retouches numériques. Paparazzi, mondains munis de portables, journalistes, techniciens, touristes, parents consciencieux, R.P de soi-même sur myspace ou facebook.com, nous sommes tous pris dans cette temporalité iconique, que rythme la petite syncope de l’image gelée. En un mot, dans un monde qui se définit par la représentation, qui s’enregistre en permanence et se contemple en train de s’enregistrer, l’image fixe est un simple moment du mouvement.
Nicolas Bourriaud in Boris Mikhailov, I’ve been here once before / J’ai déjà été ici un jour.
(Atelier d'écriture à la Criée, sur l'expo de Boris Mikhailov. L'extrait de Bourriaud n'a pas grand chose à voir avec ce que nous avons fait, mais je le trouve intéressant.)
Cet atelier fut une agréable parenthèse!
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