jeudi 10 novembre 2011

Au pied du mur sans porte à côté de Lazare

Hier soir je me dirige vers le théâtre du Vieux Saint-Étienne. Je vais voir Au pied du mur sans porte, de Lazare. C'est Charline Grand qui m'a envoyé un petit message, il y a quelques jours. Elle a vu ce spectacle à Paris et demande à ses amis d'y aller à Rennes. Lazare a peur qu'il n'y ait pas assez de monde.
J'y serais allé sans le message de Charline parce que déjà un type qui s'appelle Lazare, avec rien devant et rien derrière, ça m'intéresse, comme ces types que l'on croise en Afrique, qui ont des noms comme : Bing (parce qu'il tombe toujours au bon moment) ou Chouchou Lazare du Gabon, qui, lui, est couturier, modiste. Donc, déjà un gars qui avance son nom comme une identité ça m'intéresse. Je pense à la gare, je pense à la résurrection, je vois une gare parisienne qui sort de ses propres ruines.
Le théâtre du vieux Saint-Étienne a été rénové, paraît-il. En tout cas on y est toujours aussi mal assis. Justement, Nicolas Richard est assis à ma gauche et il reste une place vide à ma droite, au bord de l'escalier. Un type vient s'y asseoir, en se collant à moi, je sens le gars en braises déjà pris par le spectacle qui n'a pas encore commencé. C'est Lazare. Avec sa chemise à carreaux rouges et son chapeau. Bon je me dis, c'est bien ma chance, moi qui aime être un peu seul, me sentir un peu isolé pour vivre un spectacle.
Dès les premiers instants je sens que je vais avoir double spectacle. Devant moi sur le plateau et à ma droite, sur le siège voisin.
Lazare enlève son chapeau. Il émet régulièrement des bruits étranges. Sorte de toux et de raclements de gorge enlacés. Il dit son texte aussi, muettement. Je le vois remuer les lèvres. Comme le faisait Dieudonné Niangouna à l'aéroclub de Ouagadougou pendant Ciel à Ouaga.
Il donne des tops en tapant dans ses mains. Furieusement, quand le top est raté par les comédiens. On sent que la mécanique est réglée. Il est traversé d'éclats de rire, brefs, forts. Et quand je ris, il lui arrive de se retourner vers moi, comme pour vérifier ou s'étonner des effets de ce qu'il a créé, là, devant nous.
Vers le milieu du texte, Lazare remue pas mal, le fauteuil vibre.
Vers la fin, des lycéens chuchotent beaucoup derrière nous. Il se retourne fréquemment, mais ne les interrompt pas.
Je me rends compte que ce type déborde de lui-même, c'est comme ça qu'il existe. Et je me vois, moi, assistant à mes spectacles, aux antipodes. Plutôt caché, en retrait.
Au pied du mur sans porte travaille en profondeur. On perd parfois le fil de l'histoire, on nage, on surnage, mais on y puise beaucoup. Ça travaille, ça gratte fort, c'est souvent beau, parfois foutraque, très libre. C'est comme son auteur un soir de novembre.

Du 8 au 12 novembre, dans le cadre du festival Mettre en scène - Rennes.

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