samedi 29 octobre 2011

Gaillard / My last life

Baubourg : au rez-de-chaussée, juste à côté de la très énergique Yayoi Kusama, Cyprien Gaillard expose les polaroïds qui constituent ses Geographical analogies. Très pensé, très voyageur, ce projet joue des analogies, crée des rapports entre des lieux répartis sur toute la planète, des ruines anciennes ou récentes. Ce sont comme d'innombrables écailles prises au monde et assemblées ici par le plaisir du collectionneur et de la composition. Un projet immense et sobre.

Khiasma : Vincent Meesen propose My last life, un projet dans lequel on rentre doucement, mais que l'on n'a plus envie de quitter une fois qu'on a commencé à démêler quelques-uns de ses fils. Il y est question, pour le dire rapidement, de la figure de Roland Barthes et de ses rapports avec l'Afrique. S'emparant des textes de R.B. dans Mythologies (Bichon chez les nègres, Grammaire africaine, Le mythe aujourd'hui), mais aussi du lien plus secret de R.B. à l'Afrique, puisque son grand-père, Louis-gustave Binger, fut un éminent officier français, explorateur de l'Afrique de l'Ouest, Meesen propose une exposition qui joue avec ambiguité et malice des rapports entre art, Histoire et récit. Un film, des documents (vrais ou pas), un avertissement liminaire ((tout) ceci doit être considéré comme dit par un personnage (de roman)), un personnage transitionnel (Herbé), toute l'exposition est tissée de liens subtils qu'on peut parcourir sur trois tableaux au mur, trois Cosmographes qui sont la représentation de tout ce qui circule de l'Histoire à la fiction, du réel à l'imaginaire, dans les noms des personnes, dans ses mots qui vivent, eux aussi, une Histoire, et des trajectoires.

Certains scientifiques ne parlent-ils pas de « negative proof » pour disqualifier et pour nommer l’irrégularité d’une procédure d’instauration du vrai ? Comme artiste, dire que la Vérité est le mythe de la science ne suffit pas, il faut le prouver...ce qui signifie rendre crédibles ses positions. Le choix philosophique ne se situe pas entre une positivité nommée « réalisme » et une négativité nommée « relativisme ». Plutôt que de se reposer sur la doxa de l’homologué « vrai », du plausible, une piste -et c’est peut-être à cet endroit que science et art se parlent le mieux- pourrait être de tenter un autre tracé, celui d’un possible, et voir où il nous mène, sur quel terrain pratique et conceptuel, sachant qu’en en faisant l’expérience, nous en sortirons peut-être changés. Pour cela, il faut accepter de ne pas se fonder sur les vérités constituées dans un champ unique, celui des sciences. Il faut accepter qu’il y ait d’autres formes de « réalisme » donc d’autres pratiques de constitution de soi. L’exemple, que tu mentionnes, celui de l’objet disparu, se prête bien à une spéculation. On peut aussi dire que l’homme n’a rien fait d’autre depuis bien longtemps, que de faire disparaître ses objets encombrants pour les faire réapparaître autres après quelques tours de passe-passe. Les sciences ne font pas autre chose, elles ont besoin de délimiter un champ, un espace de référence pour faire apparaître, via des opérations de simplification, des faits d’une nature spécifique. Elles se fabriquent leurs « faitiches » comme dit Bruno Latour.

(Extrait de l'entretien entre Vincent Meesen et Olivier Marboeuf, à retrouver en intégralité ici.)

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