Plusieurs mois en arrière c’était une autre année, un autre gouvernement, et les balbutiements de la conscience collective. C’est le genre de choses que tout le monde dit maintenant d’un air entendu, s’affirmant d’une voix à l’audace morte : ça n’a jamais été aussi visiblement mal. Le mérite principal de l’exposition au grand jour du mauvais état d’à peu près tout, le mérite est qu’à présent chacun fait face, à sa manière, avec sa petite philosophie de survie, avec sa petite pensée amputée d’espoir véritable, et tout le monde se reconnaît secrètement la totale impuissance comme point commun. Il y a de très belles analyses de la situation, complexes, prenant en compte des concepts philosophiques ou anthropologiques. Certains sont inquiets à un niveau social, d’autres à un niveau écologique. Les plus forts sont capables d’une hauteur de vue et d’une clarté d’expression qui leur permet de lier le politique, l’intime, le social dans un concept global de déchaînement du n’importe quoi, mais au bout duquel on n’entend pas se dégager la moindre proposition valide de la part de quelqu’un qui aurait les moyens ne serait-ce que de se faire entendre. Nos phrases se tordent dans des convulsions de solitude et de déssèchement. Ce qui s’écrit disparaît, par incapacité, par impossibilité d’impressionner durablement. L’air est noir, diffus. Tout ce qui était directement vécu s’est éloigné dans une espèce de dimension tordue, culpabilisante, atroce, impuissante. Les discours sont totalement déconnectés de la moindre possibilité d’action. On a du mal à raconter ce qui se vit : la déconnection profonde. C’est qu’on n’est pas encore prêt à reconnaître en chœur notre faillite. C’est comme si nous étions des animaux marins qui continueraient à vivre après qu’on leur a retiré l’eau, des animaux contorsionnistes vivant sur un lac salé avec des fantasmes d’eau fraîche. Alors qu’il vaudrait mieux apprendre à connaître le sel.
samedi 10 septembre 2011
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